Date: 15.03.2010

“Nos autorités doivent mieux défendre la sphère privée”

Banque & Finance: Comment êtes-vous devenu gérant indépendant après avoir été banquier?
FRANÇOIS-MICHEL ORMOND: J’ai commencé mon activité professionnelle dans une structure indépendante, Ormond et Cie, puis Ormond Burrus puis, avec l’arrivée de la Banque Cantrade dans notre capital, dans une banque affiliée à l’UBS. Cette évolution, bien que favorable initialement (nous proposions le schéma idéal de la sécurité d’une grande banque avec la souplesse d’une petite entité), s’est révélée plus difficile à gérer avec les changements de direction au niveau de notre actionnaire majoritaire. Le poids de ce grand groupe s’est alors fait sentir et notre indépendance a été de plus en plus entamée. Bien qu’éloignés des centres de décision de la grande banque, nous sentions les changements de la «haute direction» par le poids des directives et des priorités imposées. La fusion avec Ferrier Lullin puis la reprise de cette dernière par Julius Baer nous ont poussés à créer une nouvelle entité pour répondre aux demandes de nos clients les plus proches.

B&F: Pourquoi avoir choisi cette structure de gérant indépendant?
F.-M.O.: Mettre l’intérêt des clients au centre des préoccupations, tout le monde en parle, mais atteindre cet objectif est compliqué. Cela présuppose une grande disponibilité, une écoute active et une capacité de réaction rapide. La structure du gérant de fortune indépendant, ou tiersgérant, répond parfaitement à cet objectif. Sans être exclusive, elle permet cette disponibilité en s’appuyant sur des banques de premier ordre, avec leurs outils informatiques performants, leurs services de recherche et leurs réseaux internationaux. L’indépendance du gérant permet aussi d’éviter les conflits d’intérêts, entre autres dans la sélection des produits. C’est dans ce contexte que les associés de 1875 Finance SA travaillent en équipe sur la base d’un modèle intégré, contrairement à la plupart des gérants qui n’ont de commun que la plateforme.

B&F: Qu’est-ce qui a motivé le choix de votre raison sociale?
F.-M.O.: La raison sociale, qui fait référence au début de l’activité d’agent de change et de gérant de fortune de Georges Ormond, a été choisie pour montrer l’importance que nous donnons aux relations d’affaires à long terme. Depuis cette date, cinq générations se sont succédées pour exercer le même métier et avoir le privilège de gérer, de père en fils, le patrimoine des familles qui nous ont fait confiance. 1875 Finance SA est une marque aujourd’hui reconnue sur le marché et à laquelle chaque collaborateur ou prestataire s’identifie.

B&F: En quoi votre métier a-t-il changé?
F.-M.O.: Le métier du gérant indépendant n’a pas changé fondamentalement, mais il est intéressant de constater que son succès, illustré par l’augmentation sensible de sa part de marché (aujourd’hui 20% en Suisse romande), est dû, pour l’essentiel, à ses prestations de base. Le client trouve, en effet, chez son gérant traditionnel la stabilité des relations, la confidentialité, la collaboration et des relations de confiance qui vont bien au-delà de la seule gestion du compte.

B&F: Quels enseignements pour votre activité retenez-vous de la dernière crise financière?
F.-M.O.: La crise financière et ses conséquences sur les marchés boursiers redéfinit les priorités et redonne leur place au service personnalisé, à la protection du capital et à la liquidité. La performance à tout prix est aujourd’hui reléguée plus bas dans le classement. Ce qui n’exclut pas l’utilisation de nouveaux «produits» tels que les hedge funds et autres produits structurés, mais pour une utilisation équilibrée et bien répartie. La diversification, la qualité des placements et leur liquidité demeureront toujours le fondement d’une saine gestion.

B&F: Quel regard portez-vous sur les attaques contre le secret bancaire?
F.-M.O.: Plutôt que de parler secret bancaire, je pense que le terme de protection de la sphère privée serait plus approprié. En Suisse, nous sommes foncièrement attachés (72% selon une étude récente de l’Université de Zurich) à la préservation de la sphère privée et je pense que la majorité des Français aussi, n’en déplaise à Monsieur Woerth, ministre du Budget. Ce dernier, se référant au rapatriement de quelque 1500 à 3000 comptes, parle de «formidable succès», mais omet de dire le nombre de citoyens français, «honnêtes fiscalement», qui ont décidé de quitter leur pays, devenu fouineur et inquisiteur, pour la Suisse, l’Angleterre ou la Belgique. Un Etat qui fait du chantage en utilisant les moyens les plus sordides pour arriver à ses fins n’est pas rassurant. A mon avis, ce message de la protection de la sphère privée n’est pas assez mis en avant par nos autorités.

B&F: Que pensez-vous des mesures envisagées par nos autorités pour la défense et le développement de la place financière suisse?
F.-M.O.: Au lieu de poursuivre dans son projet «Rubik», qui semble mal parti et certainement très lourd dans son application, l’ASB aurait intérêt à rassembler les forces vives autour d’elle pour redéfinir les règles du jeu et permettre à nos autorités de trouver des accords avec les centres financiers étrangers sur une base de réciprocité. Ceci devrait permettre aux acteurs financiers suisses d’être plus compétitifs et de se battre à armes égales sur tous les marchés, tout en maintenant les conditions cadres auxquelles ils sont attachés.

“Au lieu de poursuivre dans son projet “Rubik”, qui semble mal parti et certainement très lourd dans son application, l’ASB aurait intérêt à rassembler les forces vives autour d’elle pour redéfinir les règles du jeu et permettre à nos autorités de trouver des accords avec les centres financiers étrangers sur une base de réciprocité”


François-Michel Ormond

 

B&F: Quel avenir voyez-vous pour votre activité?
F.-M.O.: Je suis tout à fait positif sur l’avenir de notre activité pour toutes les raisons déjà évoquées, tant sur le modèle qu’elle offre que sur les possibilités de développement qui existent à partir d’autres places financières. Notre structure légère et indépendante permet une adaptation rapide et efficace. En ce qui concerne 1875 Finance SA, le choix a été, et est d’être plus fort et plus présent à Genève et en Suisse. Et c’est dans ce contexte que nous avons pris la décision de recruter des gérants partageant les mêmes valeurs que nous. Notre objectif à partir de cette année est de recruter deux à trois gérants par année pour les trois prochaines années.

 

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